Le lundi 2 novembre 2026, j’ai eu le plaisir d’être l’invité d’Ali Rebeihi dans Grand bien vous fasse sur France Inter, aux côtés du Pr Antoine Brézin, chef du service d’ophtalmologie de l’hôpital Cochin (AP-HP). Pendant une heure, nous avons parlé de trois maladies qui concernent des millions de Français : la cataracte, le glaucome et la DMLA.
Cet article reprend l’essentiel de nos échanges : ce que sont ces maladies, comment on les traite aujourd’hui, les innovations à venir et ce que chacun peut faire pour protéger sa vue.
La cataracte, qu’est-ce que c’est ?
La cataracte est l’opacification progressive du cristallin, la lentille naturelle située derrière l’iris. Elle est le plus souvent liée au vieillissement et apparaît en général après 60 ans. La chirurgie de la cataracte est l’intervention la plus pratiquée en France, avec près d’un million d’opérations chaque année.
Les signes qui doivent faire consulter :
- une baisse de vision progressive, comme à travers une vitre sale ;
- un éblouissement, notamment par les phares la nuit ;
- des couleurs qui paraissent ternes ou jaunies ;
- un besoin de changer souvent de lunettes, parfois une myopie qui apparaît.
Certains facteurs favorisent une cataracte plus précoce : diabète, traitements prolongés par corticoïdes, tabac, exposition aux UV, forte myopie, traumatisme de l’œil ou antécédent de chirurgie oculaire.
Comment soigne-t-on la cataracte ?
Le seul traitement efficace est chirurgical : aucun collyre ni médicament ne fait régresser une cataracte. On opère lorsque la gêne visuelle retentit sur la vie quotidienne (lecture, conduite, travail), il n’y a pas besoin d’attendre qu’elle soit « mûre ».
L’intervention en pratique :
- En ambulatoire : le patient rentre chez lui le jour même, souvent en moins de deux heures.
- Sous anesthésie locale, le plus souvent par simples gouttes, sans piqûre.
- Par micro-incision d’environ 2 mm : le cristallin opacifié est fragmenté par ultrasons (phacoémulsification) puis aspiré.
- Pose d’un implant intraoculaire définitif, choisi sur mesure grâce à des mesures précises de l’œil (biométrie).
- Des collyres pendant quelques semaines ; la vision s’améliore en général dès les premiers jours.
Les deux yeux sont habituellement opérés à quelques jours ou semaines d’intervalle. Les complications graves sont rares. Des mois ou des années plus tard, une opacification de la membrane qui entoure l’implant (« cataracte secondaire ») peut survenir : elle se traite en quelques minutes au laser YAG, au cabinet.
Cataracte : les innovations
L’opération de la cataracte n’est plus seulement une chirurgie qui restaure la transparence : c’est devenu une chirurgie qui peut aussi corriger la vue.
- Les implants toriques corrigent l’astigmatisme en même temps que la cataracte.
- Les implants multifocaux et à profondeur de champ étendue (EDOF) permettent de voir de loin et de près, ou à distance intermédiaire (écran, tableau de bord), et de réduire fortement la dépendance aux lunettes. Ils ne conviennent pas à tous les yeux : le choix se fait en consultation, selon l’examen et le mode de vie.
- La biométrie optique et les nouvelles formules de calcul, aidées par l’intelligence artificielle, rendent le résultat réfractif plus prévisible.
- Le laser femtoseconde peut assister certaines étapes de l’intervention dans des cas sélectionnés.
- Les parcours ambulatoires optimisés (« fast track ») réduisent le temps passé à la clinique et rendent l’expérience plus confortable pour le patient.
Peut-on prévenir la cataracte ?
On ne peut pas empêcher totalement la cataracte liée à l’âge, mais on peut limiter les facteurs qui l’accélèrent :
- Se protéger des UV avec des lunettes de soleil filtrantes (norme CE, catégorie 3 en plein soleil), dès l’enfance, et un chapeau à bord large.
- Arrêter le tabac, facteur de risque bien établi.
- Équilibrer un diabète, qui favorise une cataracte plus précoce.
- Ne pas prendre de corticoïdes au long cours sans suivi médical, y compris en collyre.
- Avoir une alimentation variée, riche en fruits et légumes : elle est bénéfique pour la santé en général, même si son effet propre sur la cataracte reste discuté.
- Consulter régulièrement un ophtalmologiste, surtout après 60 ans ou en cas de gêne visuelle.
Le glaucome, une maladie silencieuse
Le glaucome est une maladie du nerf optique : ses fibres disparaissent peu à peu, le plus souvent sous l’effet d’une pression trop élevée à l’intérieur de l’œil. Environ un million de Français en sont atteints, et on estime qu’une grande partie l’ignore. Contrairement à la cataracte, la vision perdue ne se récupère pas.
Sa forme la plus fréquente, le glaucome chronique à angle ouvert, ne fait pas mal et ne gêne pas au début. Il réduit d’abord le champ de vision sur les côtés, sans que l’on s’en aperçoive, la vision centrale restant longtemps intacte. Quand le patient s’en rend compte, la maladie est souvent déjà avancée.
Une forme plus rare, le glaucome aigu par fermeture de l’angle, est une urgence : œil rouge et très douloureux, baisse brutale de la vision, maux de tête, parfois nausées. Il faut consulter immédiatement.
Le dépistage est donc essentiel. Il est indolore et se fait lors d’une consultation ophtalmologique :
- mesure de la pression intraoculaire ;
- examen du nerf optique au fond d’œil ;
- OCT, une imagerie qui mesure l’épaisseur des fibres nerveuses ;
- champ visuel si nécessaire.
Un contrôle est recommandé dès 40 ans, plus tôt en cas d’antécédents familiaux de glaucome.
Comment traite-t-on le glaucome ?
Le traitement ne répare pas les fibres perdues, mais il stoppe ou ralentit fortement la progression en abaissant la pression de l’œil. Il se poursuit toute la vie, avec un suivi régulier.
- Les collyres sont le traitement le plus courant, à instiller chaque jour. Les formes sans conservateur sont mieux tolérées. La régularité est la clé : un traitement oublié ne protège pas le nerf.
- Le laser SLT (trabéculoplastie sélective) est réalisé au cabinet en quelques minutes. Il améliore l’évacuation du liquide de l’œil et peut être proposé en première intention ou en complément des gouttes.
- L’iridotomie au laser prévient la crise de glaucome aigu chez les patients dont l’angle de l’œil est étroit.
- La chirurgie est proposée quand les autres traitements ne suffisent pas : chirurgie filtrante classique, ou chirurgie mini-invasive.
Glaucome : les innovations
- La chirurgie mini-invasive du glaucome (MIGS) : de minuscules implants ou drains améliorent l’écoulement du liquide de l’œil. Moins agressives que la chirurgie classique, ces techniques peuvent être associées à l’opération de la cataracte, en un seul temps.
- La chirurgie de la cataracte elle-même peut faire baisser la pression chez certains patients, notamment ceux qui ont un angle étroit.
- Les implants à libération prolongée, placés dans l’œil, délivrent le traitement pendant plusieurs mois. Ils sont déjà utilisés dans certains pays et pourraient alléger le fardeau des gouttes quotidiennes.
- Le laser SLT de nouvelle génération, plus rapide et sans contact avec l’œil.
- L’intelligence artificielle appliquée aux images du nerf optique, qui aide à dépister plus tôt.
- La neuroprotection : des pistes, comme la vitamine B3 (nicotinamide), sont en cours d’évaluation dans des essais cliniques pour protéger directement le nerf optique. Elles ne remplacent pas le traitement actuel et ne doivent pas être prises sans avis médical.
Glaucome : qui est à risque et comment se protéger ?
Le glaucome ne se prévient pas à proprement parler : il se dépiste. Plus il est pris tôt, plus on préserve la vision. Certaines personnes doivent être particulièrement vigilantes :
- les personnes de plus de 40 ans, le risque augmentant avec l’âge ;
- celles qui ont un parent proche atteint de glaucome ;
- les personnes d’origine africaine ou afro-caribéenne ;
- les forts myopes, et les hypermétropes pour le glaucome par fermeture de l’angle ;
- les patients sous corticoïdes au long cours ;
- les patients diabétiques ou ayant une pression oculaire élevée.
Les bons réflexes : un bilan ophtalmologique dès 40 ans, puis selon le rythme fixé par votre ophtalmologiste ; prévenir sa famille en cas de diagnostic, car les proches doivent se faire dépister ; ne jamais arrêter ses gouttes sans avis médical. Une activité physique régulière et une bonne hygiène de vie sont également bénéfiques pour la circulation sanguine du nerf optique.
La DMLA, première cause de malvoyance après 50 ans
La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) touche la macula, la zone centrale de la rétine qui sert à lire, reconnaître les visages et voir les détails. Elle est la première cause de malvoyance après 50 ans dans les pays industrialisés. Elle ne rend pas totalement aveugle : la vision périphérique est conservée, mais la vision centrale peut être gravement atteinte.
On distingue deux formes :
- La forme sèche (atrophique), la plus fréquente, évolue lentement sur des années. À un stade avancé, on parle d’atrophie géographique.
- La forme humide (néovasculaire) est due à des vaisseaux anormaux qui se développent sous la rétine. Elle peut faire perdre la vue en quelques semaines : c’est une urgence.
Les signes d’alerte :
- les lignes droites paraissent déformées ou ondulées ;
- une tache sombre ou floue apparaît au centre de la vision ;
- la lecture devient difficile, les couleurs moins vives.
Devant une déformation brutale des lignes, il faut consulter un ophtalmologiste dans les jours qui suivent. Le diagnostic repose sur le fond d’œil et l’OCT, parfois complétés d’une angiographie.
Comment traite-t-on la DMLA ?
La forme humide se traite par des injections dans l’œil de médicaments anti-VEGF, qui bloquent la croissance des vaisseaux anormaux. Réalisées sous anesthésie locale par gouttes, elles sont rapides et peu douloureuses. Après une phase d’attaque mensuelle, les injections sont espacées selon la réponse de chaque patient. Ce traitement a transformé le pronostic : la majorité des patients stabilisent leur vision, et une partie l’améliore, à condition d’être traités tôt et suivis régulièrement.
La forme sèche n’a pas, à ce jour en Europe, de traitement qui fasse régresser les lésions. La prise en charge repose sur la surveillance, la prévention et, si besoin, la rééducation basse vision (orthoptiste, aides optiques, éclairage adapté) pour garder son autonomie.
DMLA : les innovations
- Des traitements plus durables pour la forme humide : de nouvelles molécules, comme le faricimab ou l’aflibercept à haute dose, permettent chez de nombreux patients d’espacer les injections jusqu’à 3 ou 4 mois, au lieu d’une par mois (essais TENAYA/LUCERNE et PULSAR).
- Les biosimilaires des anti-VEGF élargissent l’accès au traitement.
- L’atrophie géographique : deux molécules ciblant le système du complément ralentissent la progression des lésions et sont autorisées aux États-Unis depuis 2023. En Europe, l’Agence européenne du médicament a refusé l’autorisation du pegcetacoplan en 2024, jugeant le bénéfice insuffisant sur la vision au quotidien au regard des risques des injections.
- La thérapie génique, qui ferait produire à l’œil son propre traitement anti-VEGF, est en cours d’évaluation dans des essais cliniques.
- L’imagerie et l’intelligence artificielle aident à détecter plus tôt les formes à risque et à adapter le rythme des injections.
Peut-on prévenir la DMLA ?
L’âge et l’hérédité ne se modifient pas, mais plusieurs leviers réduisent le risque ou ralentissent l’évolution :
- Arrêter de fumer : le tabac est le principal facteur de risque modifiable, il multiplie le risque de DMLA par 2 à 4.
- Manger équilibré, de type méditerranéen : légumes verts à feuilles (épinards, chou), fruits colorés, poissons gras deux fois par semaine.
- Les compléments alimentaires de type AREDS2 (vitamines C et E, zinc, cuivre, lutéine, zéaxanthine) réduisent le risque d’évolution vers une forme avancée chez les patients ayant une DMLA intermédiaire. Ils ne sont pas utiles à titre préventif chez tout le monde : ils se prennent sur avis de l’ophtalmologiste.
- Se protéger de la lumière forte avec des lunettes de soleil de qualité.
- Faire un fond d’œil à partir de 55 ans, plus tôt en cas d’antécédents familiaux de DMLA.
- Se surveiller avec la grille d’Amsler, un œil après l’autre, une fois par semaine si vous avez déjà une DMLA : toute déformation nouvelle doit faire consulter rapidement.
À retenir
| Cataracte | Glaucome | DMLA | |
| Ce qui est atteint | Le cristallin, qui s’opacifie | Le nerf optique, qui s’abîme | La macula, centre de la rétine |
| Symptômes | Vision floue, éblouissement, couleurs ternes | Aucun au début ; perte du champ visuel périphérique | Lignes déformées, tache centrale |
| Vision perdue | Récupérable par la chirurgie | Définitivement perdue | Souvent stabilisée si traitée tôt (forme humide) |
| Traitement | Chirurgie avec pose d’un implant | Collyres, laser, chirurgie, à vie | Injections anti-VEGF (forme humide) ; surveillance et basse vision (forme sèche) |
| Ce que vous pouvez faire | Lunettes anti-UV, arrêt du tabac, suivi | Dépistage dès 40 ans, observance du traitement | Arrêt du tabac, alimentation, grille d’Amsler, fond d’œil dès 55 ans |
Questions fréquentes
L’opération de la cataracte fait-elle mal ? Non. Elle se déroule sous anesthésie locale par gouttes ; on ressent au plus une légère gêne.
Peut-on avoir à la fois une cataracte et un glaucome ? Oui, c’est fréquent avec l’âge. Les deux peuvent parfois être traités au cours d’une même intervention.
Mes lunettes suffisent-elles à surveiller ma vue ? Non. Un opticien corrige la vue, mais seul l’examen ophtalmologique (pression de l’œil, fond d’œil) permet de dépister un glaucome.
Réécouter l’émission
Retrouvez l’émission Grand bien vous fasse du 2 novembre 2026 sur le site de France Inter : réécouter l’émission sur radiofrance.fr.
Pour un dépistage ou un avis sur une cataracte, vous pouvez prendre rendez-vous en ligne.
Dr Romain Nicolau, ophtalmologiste, chirurgien de la cataracte et de la réfraction à Paris.
Cet article a une visée d’information générale et ne remplace pas une consultation médicale.
Références scientifiques
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